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Arabe coranique ou arabe littéraire : quelle différence ?

L’arabe coranique et l’arabe littéraire ont la même grammaire ; la darija est une langue parlée à part. Quel arabe apprendre d’abord, selon votre but.

· Par Amaan

Faut-il apprendre d’abord l’arabe coranique, l’arabe littéraire moderne ou la darija ?

Dans la plupart des cas, commencez par la fusha, l’arabe écrit que partagent l’arabe coranique (ou classique) et l’arabe standard moderne : même alphabet, même grammaire pour l’essentiel, un vocabulaire qui diffère. Pour comprendre le Coran, ajoutez ensuite son vocabulaire propre ; pour la presse, les études ou le travail, le vocabulaire moderne. Ne commencez par la darija que si votre seul objectif est de parler avec une famille ou une communauté précise, par exemple au Maroc.

En français, « arabe littéraire » (ou « arabe littéral ») désigne à la fois l’arabe classique, celui du Coran, et l’arabe standard moderne. Les arabophones appellent l’ensemble al-fuṣḥā.

L’arabe coranique et l’arabe standard moderne ont pour l’essentiel la même grammaire ; ils diffèrent surtout par le vocabulaire et le style.

La darija n’est pas de l’arabe littéraire mal prononcé : elle a perdu les déclinaisons, fixé l’ordre des mots et créé ses propres préfixes verbaux.

Parler darija est un vrai atout pour les racines et l’écoute, mais ne dispense ni de l’alphabet ni de la grammaire de la fusha.

Réciter le Coran et le comprendre sont deux compétences distinctes : la seconde demande du vocabulaire et une grammaire, la même que celle de l’arabe littéraire moderne.

Commencez par la fusha, sauf si votre seul but est de converser avec une communauté précise : dans ce cas, son dialecte d’abord, idéalement après l’alphabet.

Arabe coranique, arabe littéraire, darija : de quoi parle-t-on ?

Trois expressions reviennent dès que l’on cherche un cours d’arabe, et elles ne désignent que deux réalités. L’arabe coranique est l’arabe du Coran ; les linguistes parlent d’arabe classique, car la même langue porte la poésie ancienne, les recueils de hadiths, l’exégèse et la littérature savante des siècles suivants. L’arabe standard moderne est sa forme modernisée, fixée à la fin du XIXe et au début du XXe siècle avec l’essor de la presse et de l’imprimerie, et employée aujourd’hui dans les livres, les journaux, l’administration et les journaux télévisés.

En français, l’expression « arabe littéraire », ou « arabe littéral » chez les linguistes, réunit les deux : l’arabe classique et l’arabe standard moderne. Les arabophones disent al-fuṣḥā, الفصحى, « la plus éloquente », un mot de la même racine que le nom de Fasaha, et voient dans l’arabe du Coran et celui d’un quotidien deux époques d’une même langue. C’est en ce sens que cet article parle de fusha.

La darija, الدارجة, est autre chose : c’est l’arabe parlé au Maghreb, celui qu’on apprend en famille ; au Machrek, on parle plutôt d’al-ʿāmmiyya. La fusha n’est en général la langue maternelle de personne : on l’apprend à l’école, on la lit, on l’entend dans les discours officiels, les prêches et aux informations. En 1959, le linguiste Charles Ferguson a fait de l’arabe l’un des quatre exemples de sa description de la diglossie : une même communauté, deux variétés qui se partagent les rôles.

L’arabe coranique est-il différent de l’arabe littéraire moderne ?

Pour la grammaire, très peu. Même alphabet, même système de racines et de schèmes, mêmes formes verbales, mêmes déclinaisons : les voyelles finales -u, -a et -i qui indiquent la fonction du mot dans la phrase. Un verset et une dépêche d’agence s’analysent avec la même grammaire, le naḥw de la tradition arabe. La prose moderne préfère certaines tournures, comme ouvrir la phrase par le sujet, mais elle n’a pas changé de système.

La vraie différence est le vocabulaire. L’arabe moderne garde le fonds classique et y ajoute ce que la vie moderne exigeait, en dérivant de nouveaux mots à partir de racines anciennes ou en empruntant. Le mot سيارة, sayyāra, figure trois fois dans le Coran, au sens de caravane ou de voyageurs ; dans la sourate Yūsuf, c’est une caravane qui trouve Yūsuf au fond du puits. En arabe moderne, le même mot désigne une voiture. De même, hātif, « celui qui appelle », est devenu le téléphone.

Deux différences pratiques en découlent. Le Coran est un texte fixe, imprimé avec toutes ses voyelles, alors que la plupart des textes modernes s’impriment sans voyelles brèves : c’est au lecteur de les restituer. Et le vocabulaire coranique se concentre sur ses propres thèmes, si bien qu’un lecteur de presse bute sur des mots du Coran, et inversement. La grammaire se transfère entièrement ; le vocabulaire, en partie seulement.

Vous parlez darija : un atout réel, pas un raccourci

Beaucoup de lecteurs de cet article ont grandi en France, en Belgique ou en Suisse avec la darija marocaine, algérienne ou tunisienne à la maison. C’est un capital. Le vocabulaire de la darija vient en grande partie de l’arabe classique. Vous avez déjà les sons, y compris ceux qui résistent aux autres apprenants, et l’oreille de la phrase arabe.

Mais la darija n’est pas de la fusha avec un accent. Elle a perdu les déclinaisons. Dans les dialectes maghrébins, le verbe à la première personne du singulier commence par n-, et la darija marocaine marque le présent avec ka- ou ta- : « j’écris » s’y dit ka-nekteb, là où la fusha dit aktubu. La darija a aussi intégré des emprunts au berbère et au français, et au Maroc à l’espagnol, absents de la fusha.

L’intercompréhension entre dialectes est en outre asymétrique : un Maghrébin suit en général l’égyptien et le levantin, grâce aux films et aux séries, alors qu’un Égyptien peine souvent à comprendre la darija. Le vocabulaire du quotidien montre l’écart :

  • « je veux » : fusha أريد (urīd), darija bghit, égyptien ʿāyez, levantin biddi ;
  • « maintenant » : fusha الآن (al-ān), darija daba, égyptien dilwaʾti, levantin hallaʾ ;
  • « quoi ? » : fusha ماذا (mādhā), darija shnu ou ash, égyptien ēh, levantin shu.

Réciter le Coran sans le comprendre : ce qui manque vraiment

Beaucoup ont appris enfants à lire le Coran à la mosquée ou dans une école coranique du week-end. Cette formation est réelle : elle enseigne les lettres, les voyelles et les règles du tajwīd, et permet de lire à voix haute n’importe quelle page du muṣḥaf. Elle n’enseigne pas le sens des mots, parce que ce n’était pas son but.

Comprendre demande trois choses que la récitation laisse de côté : le vocabulaire, la construction des mots à partir de racines et de schèmes, et la grammaire qui dit qui fait quoi à qui. Le Quranic Arabic Corpus de l’université de Leeds annote les 77 429 mots du texte coranique, et les mêmes particules, pronoms et schèmes verbaux y reviennent sans cesse. Cette grammaire-là est celle de la fusha.

Il n’existe donc pas de grammaire coranique à part. Un manuel d’arabe littéraire moderne et un traité classique enseignent les mêmes types de phrases, les mêmes déclinaisons et les mêmes formes verbales. Ce qui change, c’est l’ordre dans lequel vous apprenez les mots.

Quel arabe apprendre en premier ? Le choix selon votre objectif

Commencez par la fusha, sauf si votre seul objectif est de parler avec une communauté précise. C’est la variété que tout arabophone lettré comprend, elle porte presque tout l’écrit arabe, et elle donne à l’apprenant d’un dialecte l’alphabet et les racines. L’exception : si vous voulez seulement converser avec une communauté et que votre temps est compté, un cours de dialecte et un interlocuteur régulier passent d’abord.

La bonne question n’est donc pas de savoir quel arabe est le meilleur, mais ce que vous voulez en faire dans deux ans. Écrivez la réponse en une phrase, puis cherchez votre ligne :

  • comprendre le Coran, la prière et les invocations : grammaire de la fusha, puis vocabulaire coranique, en commençant par les mots les plus fréquents ;
  • lire les hadiths, le tafsīr ou les livres de sciences islamiques : grammaire de la fusha, puis prose classique avec un dictionnaire qui donne les racines ;
  • suivre l’actualité, étudier ou travailler en arabe : arabe standard moderne, puis le dialecte du pays concerné ;
  • parler avec la famille au Maroc, en Algérie ou en Tunisie : l’alphabet et les bases de la fusha, puis la darija de la famille, apprise auprès d’elle ;
  • échanger avec des amis syriens, libanais ou palestiniens : l’arabe levantin, idéalement une fois la lecture acquise ;
  • regarder des films et séries égyptiens : l’arabe égyptien.

Cours d’arabe : ce qu’un bon départ doit contenir

Cours à la mosquée, institut, université, cours en ligne ou application : le format compte moins que le contenu. Avant de vous inscrire, demandez de quel arabe il s’agit. Un cours d’arabe littéraire n’enseignera pas la darija, un cours de darija n’enseignera pas les déclinaisons, et un cours de tajwīd n’enseignera pas le sens.

Les savants classiques condensaient l’essentiel dans des livres très courts. L’Ājurrūmiyya, grammaire du XIIIe siècle due au savant marocain Ibn Ājurrūm, est assez brève pour être apprise par cœur et figurait parmi les premiers livres mémorisés après le Coran. Ses règles s’appliquent aussi bien à un verset qu’à un titre de journal.

Un bon départ en fusha, utile pour le Coran comme pour la presse, tient en quelques points :

  • l’alphabet et les voyelles, lus sans hésitation, y compris les formes que prennent les lettres selon leur position ;
  • les deux types de phrases : la phrase nominale, qui commence par un nom, et la phrase verbale, qui commence par un verbe ;
  • les racines et les schèmes : la racine k-t-b porte l’idée d’écrire, et les schèmes en tirent kataba (il a écrit), kitāb (livre) et maktab (bureau) ;
  • les pronoms suffixes, comme -hu (son, le) et -hum (leur, les), qui font d’un mot une expression ;
  • les trois cas, en -u, -a et -i, et les modes de l’inaccompli : l’iʿrāb, le système qui marque la fonction de chaque mot ;
  • les formes verbales dérivées, rencontrées au fil des lectures plutôt qu’apprises d’un bloc.

La place de Fasaha, et ses limites

Fasaha est une application d’arabe littéraire centrée sur la lecture. Dans ses histoires graduées, ses articles, ses podcasts, ses vidéos et ses textes classiques, du niveau A0 au C2, vous touchez un mot : son sens, sa racine, son schème et sa famille s’affichent, et les mots que vous enregistrez reviennent en révision espacée. Parmi les textes classiques figure l’Ājurrūmiyya, la courte grammaire présentée plus haut, étudiée chapitre par chapitre.

Ce n’est pas une application coranique : pas de muṣḥaf, pas de leçons de tajwīd, pas de tafsīr ; pour la récitation, un enseignant qui vous écoute reste le bon outil. Fasaha n’enseigne pas non plus la darija ni les autres dialectes. Si votre objectif est de parler avec votre famille, apprenez la darija auprès d’elle ou dans un cours de dialecte, et gardez Fasaha pour la lecture.

Quel arabe apprendre d’abord, selon votre objectif

Repérez la ligne la plus proche de votre but : la première indication dit par où commencer, la note ce qu’il faut ajouter ensuite.

  1. Comprendre le Coran et la prière: — Grammaire de la fusha, puis vocabulaire coranique.
  2. Lire hadiths, tafsīr et livres de sciences islamiques: — Grammaire de la fusha, puis prose classique.
  3. Parler avec la famille au Maroc, en Algérie ou en Tunisie: — L’alphabet et les bases de la fusha, puis la darija.
  4. Vous parlez darija mais ne lisez pas l’arabe: — L’alphabet, puis la grammaire de la fusha.
  5. Suivre l’actualité, étudier, travailler: — Arabe standard moderne.
  6. Regarder des films et séries égyptiens: — Arabe égyptien.
  7. Échanger avec des amis syriens, libanais ou palestiniens: — Arabe levantin.
  8. Vous hésitez encore: — La fusha.
Arabe coranique, arabe standard moderne et darija : la comparaison
CritèreArabe coranique (classique)Arabe standard moderneDarija et autres dialectes
Langue maternelle dePersonne aujourd’huiPresque personne : elle s’apprend à l’écoleSes locuteurs, dans sa région
ÉcritureAlphabet arabe, entièrement vocalisé dans le muṣḥaf impriméAlphabet arabe, en général sans voyelles brèvesSurtout orale ; écrite de façon informelle, en lettres arabes ou latines
GrammaireDéclinaisons et modes verbauxLe même système ; terminaisons souvent omises à l’oralPas de déclinaisons ; préfixes verbaux propres (ka-, ta-, n-)
VocabulaireAncien, centré sur les thèmes du texteFonds classique, néologismes et empruntsQuotidien, variable d’une région à l’autre
Exemplesayyāra : caravanesayyāra : voiture« maintenant » : daba
Où l’entendrePrière, récitation, savoir religieuxLivres, presse, journaux télévisés, administrationMaison, rue, films, séries, réseaux sociaux
Premier choix siVotre but est le Coran, par la grammaire de la fushaVotre but est la lecture, les études ou le travailVotre but est de parler avec une communauté précise

Quelle est la différence entre l’arabe coranique et l’arabe littéraire ?

L’arabe coranique est l’arabe classique du Coran ; en français, « arabe littéraire » désigne l’arabe classique et sa forme moderne, l’arabe standard moderne. Les deux ont pour l’essentiel la même écriture et la même grammaire ; ils diffèrent surtout par le vocabulaire, comme sayyāra, caravane dans le Coran et voiture aujourd’hui.

La fusha, est-ce l’arabe littéraire ?

Oui. Al-fuṣḥā est le nom que les arabophones donnent à l’arabe écrit, classique comme moderne. Ils n’y voient pas deux langues, mais deux époques d’une même langue.

Parler darija aide-t-il à apprendre l’arabe littéraire ?

Oui pour les racines, les sons et l’écoute. Non pour l’alphabet, les déclinaisons et le vocabulaire soutenu, que la darija n’utilise pas. Un darijophone part donc avec de l’avance, mais doit apprendre ces trois éléments comme tout le monde.

Peut-on apprendre l’arabe coranique sans passer par l’arabe moderne ?

Oui, puisque la grammaire est la même : vous pouvez choisir dès le départ des textes et un vocabulaire coraniques. Vous apprenez alors la fusha par son versant classique, et le passage à l’arabe moderne ne demandera que du vocabulaire.

Un Marocain et un Égyptien se comprennent-ils ?

En dialecte, pas toujours. L’intercompréhension est asymétrique : les Maghrébins suivent souvent l’égyptien et le levantin grâce aux films et aux séries, l’inverse est plus difficile. Entre locuteurs de dialectes éloignés, on se rapproche volontiers de la fusha.

Peut-on apprendre l’arabe coranique ou la darija avec Fasaha ?

Fasaha enseigne la fusha par la lecture, textes classiques compris, comme l’Ājurrūmiyya ; cette grammaire sert donc aussi la lecture du Coran. L’application ne propose ni muṣḥaf, ni tajwīd, ni tafsīr, et n’enseigne pas la darija.

Sources

À propos de Fasaha

Fasaha est une application d’apprentissage de l’arabe fondée sur la lecture réelle. Chaque mot dans une histoire, un podcast, une vidéo ou un article s’ouvre d’un simple toucher pour révéler son sens, sa racine, son schème et sa famille lexicale, et peut être mémorisé grâce à la répétition espacée.

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  • Gratuit pour commencer ; Fasaha Premium débloque l’intégralité de la bibliothèque et les boutiques gèrent l’abonnement.
  • Enseigne la fusha, arabe standard moderne et arabe classique ; n’enseigne ni les dialectes, ni le tajwīd, ni le tafsīr.

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